Gruppenbildung ohne Feindbilder ? (1992 - Kopenhagen)
Veranstalter: Österreichische UNESCO-Kommission und Volkshochschule Brigittenau

BEITRÄGE


The practise of group identities without enemy images (1992 - Copenhagen)
hosted by the Danish Secretariat of the Unesco World Decade for Culture

CONTRIBUTIONS

 

Anne Knudsen (Copenhagen)

Sœur ou mère, cousin ou ami? - La complexité de la vie dans une société traditionnelle [*]


Beaucoup des notions d'identité culturelle courantes en pensée européenne doivent leur morphologie à un certain image de la société traditionnelle. Selon cet image, les sociétés traditionnelles en général et la société paysanne traditionnelle en Europe en particulier étaient des sociétés communautaires, où les relations entre les gens étaient transparentes, les positions des hommes et des femmes bien définies, les valeurs morales claires - bref - la vie était simple, nette et compréhensible.

Cet image de la société traditionnelle était construit comme partie de la construction idéologique de la modernité pendant le dix-neuvième siècle. Dès sa création, c'etait un image romantique, qui exprimait la nostalgie des élites urbaines - intellectuelles surtout - pour une vie différente. Une vie qu'ils voyaient comme l'antithèse de celle qu'ils vivaient et qui les semblait être aliénée, superficielle et pleine des conflits. Donc, la vie à la campagne était construite comme authentique, profonde, paisible et - surtout - harmonieuse. Là. tout se passait en harmonie puisque tout se passait selon une culture univoque et uniforme, partagée par tous.

Bien sur que les paysans, eux, en savaient mieux. Mais on ne les a pas demandé de leur avis. Tout au contraire. Dans les écoles, dans les discours politiques, dans les poésies, au théâtre aussi bien que - plus tard - au cinéma, les élites urbaines communiquaient leur image à eux de la vie à la campagne aux élèves, aux lecteurs, aux grands publics, bref aux gens qui vivaient - ou qui avaient vécu jusqu'hier - dans les sociétés traditionnelles. Comme image, c'était plutôt flattant. Et comme identité proposée, l'image était bientôt accepté par la plupart des populations rurales. Ainsi, cet image s'est très tôt transformé en une identité politique d'une légitimité incontestée. Donc, la coopération d'intérêts a abouti dans une unanimité sur la morphologie et la nature des cultures traditionnelles, les paysans s'en servant comme point de départ pour leurs revendications politiques, les intellectuels s'en servant comme point de départ pour leur critique existentiel des malfonctions de la vie moderne dans la société urbaine, industrialisée, individualisé. Tout le monde était pendant longtemps bien content de s'imaginer que quelque part - dans les villages, dans le passé, ou dans les îles de la Mer du Sud - Il y avait une mode de vie sans contradictions, sans aliénation, sans solitude. La société communautaire - die Gemeinschaft - est devenu le fantasme préféré quand il s'agit de l'identité culturelle.

Même aujourd'hui, quand on dit "identité culturelle", l'image qui se montre sur l'écran de notre Imagination est l'image d'une identité harmonieuse et sans contradictions internes.

Voyons donc comment la définition d'identité s'est faite dans une société traditionnelle, la société rurale corse du dix-neuvième siècle. Comme on sait déjà, cette société n'était pas harmonieuse si on entend par là paisible. On y avait on taux élevé des meurtres et d'infraction de l'ordre public. On y avait des bandits qui restait dans le maquis pendant des décennies, on y avait (sous les régimes républicains) des fraudes électorales, on y avait des réfractaires de service militaire, on y avait une manque de coopération de la part de la population avec les forces de l'ordre et surtout avec la justice. En dépit de cela, la culture de cette société etait (et l'est aujourd'hui) souvent décrite comme harmonieuse, les vendette étant des guerres entre des familles, l'insoumission flagrante vis à vis le pouvoir étatique étant la légitime défense d'une société à part, et les membres de la société - les gens desquels cela s'agissait - comme tous d'accord sur le plan des valeurs culturelles.

Pourtant, vue à plus près, on trouve dans cette culture une ambiguïté qui regardait précisément les questions d'identité.

Tout d'abord, il faut comprendre qu'il s'agissait ici vraiment d'une société traditionnelle, dans le sens que s'était une société où le pouvoir de l'état n'était ni respecté ni regardé comme ayant un présence sérieuse. La société s'était montrée imperméable d'une idéologie étatique, et il n'y avait donc rien à obtenir en faisant confiance en la police, les juges, ou les préfets. Ils étaient tous impuissants, absents ou mal renseignés en les questions profondes de la société. Là, on était laissé à se débrouiller avec ses propres moyens.

Il s'agit donc d'une société qui marche largement comme s'il n'avait pas d'état du tout. Il n'y a que la famille, les voisins, le quotidien, l'immédiat. Rien ne peut être plus traditionnel. La société locale qui ne connaît ni la hiérarchie qui est tout système étatique, ni l'aliénation qui est particulière à la vie dans les grandes villes, les industries, les bureaux, les métros, les rues interminables. Ici, tout est local, personnel, connu. Rien d'anonyme, rien de généralisé. Pour comprendre pourquoi cela n'est pas le paradis de nos fantasmes rurales, il faut y entrer sur le plan de la structure de la parenté d'abord, et après sur le plan de la structure du quotidien. Je veut vous dessiner le système de la parenté européenne - en général - et corse en particulier.

Dans chaque système de parenté où les femmes ne sont pas vues comme des choses, on a déjà l'ambigu. Les femmes s'y voient comme ayant des identités au moins doubles. Elles sont les filles de leurs pères (laissant pour le moment à coté leurs mères), elles sont les soeurs de leurs frères - et si elles se sont mariées, elles sont les épouses de leurs maris - et elles sont surtout les mères de leurs fils (laissant pour le moment à coté leurs filles). En cas de conflit entre le frère et le mari, elles doivent choisir entre les deux identités. Mais dans les systèmes de parenté européen, il y a souvent même pire. Et en Corse, il y en avait pire. La femme n'étant pas tout à fait aliénée de sa famille d'origine, portait aussi l'héritage - du sang et des biens - de sa famille d'origine et le donnait a son fils. Lui alors, n'appartient pas qu'à une seule famille. Il a aussi des liens de sang avec son grand-père maternel, ses oncles maternels, ses cousins au coté de la mère. Lui non plus ne peut se référer qu'à une seule identité. En cas de conflit entre les hommes de coté de la mère et les hommes de coté du père, il est contraint de choisir son identité.

Néanmoins, il nous reste la notion de l'identité culturelle harmonieuse, une notion entièrement construite comme partie de l'image de la société harmonieuse. Personne ne connaît de son expérience la société harmonieuse, tout à fait comme personne ne connaît la vie univoque ou l'identité nette, bien définie, sans contradictions. Comme idéal d'identité culturelle, pourtant, l'harmonie reste toujours vivante.

Aujourd'hui on sait, des études des sociétés traditionnelles aussi bien que des sociétés primitives que là, comme partout, il y a des différences d'opinions, des conflits d'intérêts, de la répression, du pouvoir - et des interprétations des normes culturels diverses. Tout ne se passe pas en harmonie dans les sociétés humaines, soient-ils traditionnelles ou modernes.

© Anne Knudsen


[*] Paper presented at the 2nd UNESCO expert meeting in the series Overlapping Cultures and Plural Identities on "The practise of group identities without enemy images" in Copenhagen, 3-5 December, 1992, hosted by the Danish Secretariat of the Unesco World Decade for Culture.


Gruppenbildung ohne Feindbilder ? (1992 - Kopenhagen)

The practise of group identities without enemy images (1992 - Copenhagen)